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Anaphylaxie: l’épinéphrine reste le traitement de choix pour les enfants

30 mai 2019

MONTRÉAL — Les lignes directrices en matière de traitement pédiatrique de l’anaphylaxie ont besoin d’être réévaluées, conclut une nouvelle étude montréalaise publiée dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology: In Practice.

 

Des chercheurs de l’Université McGill ont évalué les résultats cliniques d’un traitement contre l’anaphylaxie — une réaction allergique soudaine et potentiellement mortelle — administré avant la consultation à l’hôpital et comprenant de l’épinéphrine, des antihistaminiques et des stéroïdes.

 

L’étude portait sur 3500 patients et serait la plus exhaustive du genre à avoir été publiée. Au total, 80 pour cent des patients examinés étaient des enfants et des adolescents âgés de 1 à 17 ans.

 

 

Le docteur Moshe Ben-Shoshan et ses collègues ont étudié l’utilisation de l’épinéphrine en combinaison avec des antihistaminiques. Ils ont découvert que lorsque l’épinéphrine était administrée avant l’arrivée à l’hôpital, les patients étaient presque cinq fois moins susceptibles d’avoir besoin de plusieurs doses d’épinéphrine à l’urgence pour maîtriser l’anaphylaxie.

 

L’effet protecteur de l’épinéphrine était beaucoup plus important que celui des antihistaminiques.

 

«Si on n’utilise pas l’épinéphrine dans les premières trente minutes, ça peut être associé à des réactions beaucoup plus sévères qui vont être plus difficiles à contrôler, a prévenu le docteur Ben-Shoshan, un spécialiste en allergie et immunologie pédiatrique à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Nous avons d’autres études qui montrent que (…) c’est très efficace, que ça aide très vite, et que les effets secondaires sont vraiment très, très rares.»

 

Pourtant, moins du tiers (31 pour cent) des réactions anaphylactiques avaient été traitées avec de l’épinéphrine avant l’arrivée à l’hôpital. Des antihistaminiques avaient été administrés dans 46 pour cent des cas, et des stéroïdes, dans 2 pour cent des cas, dans l’environnement préhospitalier.

 

«Possiblement que c’était une première réaction, donc les parents n’avaient pas d’EpiPen», a lancé le docteur Ben-Shoshan pour expliquer ce faible taux d’utilisation.

 

Une autre étude à laquelle il a participé s’était intéressée spécifiquement à l’hésitation des parents à utiliser l’EpiPen: la peur, l’inutilité d’intervenir, la crainte de blesser l’enfant et le manque de connaissances quant à l’utilisation du produit comptent parmi les explications les plus fréquemment mentionnées.

 

«On sait que les premières 30 minutes à une heure sont les plus importantes, et ça prend du temps avant d’arriver à l’hôpital, a dit le docteur Ben-Shoshan. C’est vraiment très important de l’utiliser. Les familles qui vont l’utiliser n’hésitent pas ensuite à l’utiliser.»

Attention aux stéroïdes

 

Les chercheurs ont également constaté que les admissions à l’unité des soins intensifs ou à l’hôpital étaient presque trois fois plus nombreuses dans les cas où l’anaphylaxie avait été traitée avec des stéroïdes en milieu préhospitalier, par exemple à la maison, à l’école ou même en présence d’ambulanciers paramédicaux.

 

«Utiliser les stéroïdes au lieu de l’épinéphrine peut possiblement cacher d’autres symptômes qui sont plus sévères, a expliqué le docteur Ben-Shoshan. Peut-être que les stéroïdes vont aider avec la respiration, peut-être qu’ils vont aider avec la réaction cutanée, mais ça ne va pas aider avec les symptômes plus internes, comme les problèmes avec le coeur ou l’hypotension, et ça ça se traite uniquement avec l’épinéphrine.»

 

Même chose avec les antihistaminiques, ajoute le spécialiste: l’enfant aura moins d’urticaire, il semblera bien aller, mais les symptômes les plus importants n’auront pas été traités, «et quand ils vont se manifester et que l’enfant va perdre connaissance, il va être trop tard».

 

Reste que seule une minorité d’enfants utilisent des stéroïdes pour combattre leur anaphylaxie. Ces médicaments leur ont habituellement été prescrits pour un autre problème, comme l’asthme, ou encore ils sont administrés par les ambulanciers à leur arrivée. L’étude ne s’est pas intéressée à l’utilité des stéroïdes en milieu hospitalier.

 

Huit pour cent des enfants dans la population générale ont des allergies alimentaires et tous sont à risque d’avoir une anaphylaxie. Le taux d’anaphylaxie aurait doublé dans les urgences à Montréal au cours des dernières années.

 

L’équipe a analysé des données s’appliquant à la période comprise entre 2011 et 2017, provenant de neuf services d’urgence répartis dans cinq provinces canadiennes.

 

Les chercheurs estiment que ces résultats laissent entendre qu’il faudrait modifier les pratiques actuelles en matière de prise en charge de l’anaphylaxie, à tout le moins celles qui s’appliquent à l’environnement préhospitalier.

 

Les modifications ainsi apportées devraient prévoir l’exclusion de l’administration de stéroïdes et ne recommander l’administration d’antihistaminiques qu’en combinaison avec de l’épinéphrine dans tous les cas d’anaphylaxie.

https://lactualite.com/actualites/le-traitement-pediatrique-de-lanaphylaxie-doit-il-etre-revu/

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