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45 pédiatres sonnent l’alarme contre le Ritalin

31 janvier 2019

Ils dénoncent la surmédicamentation des enfants québécois ayant reçu un diagnostic de TDAH.

Près d’une cinquantaine de médecins «sonnent l’alarme» et dénoncent le recours trop facile aux médicaments pour traiter des symptômes s’apparentant au trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les jeunes au Québec, où la consommation de psychostimulants, comme le Ritalin, est trois fois plus élevée que dans le reste du Canada.

Dans une lettre ouverte sans précédent, 48 experts, dont 45 pédiatres, appellent à un «examen de conscience» de «toute la société qui se retourne trop facilement vers une pilule pour traiter tous les maux», une première.

Les signataires, dont le Dr Gilles Julien du Centre de pédiatrie sociale à Montréal, rappellent que les dernières statistiques sur l’utilisation de médicaments pour le TDAH chez les moins de 25 ans mettent en lumière une «troublante différence» si on la compare au reste du Canada.

«Pas de bon sens»

«Ça n’a pas de bon sens», laisse tomber le pédiatre Pierre-C. Poulin, l’un des coauteurs de la lettre, qui compte plus de 35 années d’expérience auprès des enfants.

Le Dr Poulin précise qu’il ne remet pas en question l’existence du TDAH. Le recours à la médication peut être pertinent et efficace dans certains cas, dit-il.

Mais il se questionne sur le «trop grand nombre de cas » qu’il voit défiler quotidiennement dans son bureau. « C’est comme si le niveau de patience ou de tolérance envers les enfants turbulents n’est plus le même», laisse-t-il tomber.

Certains parents «mettent de la pression» pour que leurs enfants prennent des médicaments, allant même jusqu’à se fâcher si cette demande est refusée, raconte-t-il.

Le Dr Guy Falardeau, photographié hier à son bureau de Québec, est pédiatre depuis 43 ans. Environ 90 % de ses patients sont des enfants qui ont reçu des diagnostics de TDAH.

Le réseau de la santé contribue aussi au phénomène, ajoute le Dr Falardeau, pédiatre à Québec depuis maintenant 43 ans et coauteur de la lettre. «Quand je réfère un enfant au CLSC, je me fais dire : “Donnez-lui des médicaments et, si ça ne marche pas, on s’en occupera”», lance-t-il.

Faux diagnostics

Le Dr Falardeau, dont 90 % des patients sont des enfants qui ont reçu des diagnostics de TDAH, estime aussi qu’il y a tout simplement trop de faux diagnostics. «Les chiffres sont aberrants, ça n’a pas d’allure. Il faut faire quelque chose», lance-t-il.

Plusieurs enfants souffrent plutôt de troubles de l’opposition ou d’anxiété, lesquels causent les mêmes symptômes que ceux reliés au TDAH, affirme-t-il.

«Le vrai problème, c’est qu’on n’est pas équipé comme société pour s’occuper de l’anxiété des enfants, qui donne les mêmes symptômes que le TDAH. Alors, on voit du TDAH partout et on prescrit des médicaments. Parce qu’on n’a pas d’autres solutions», affirme-t-il.

Dans le réseau public, le temps d’attente pour consulter un psychologue ou suivre une thérapie peut être de plusieurs mois, souligne le Dr Falardeau.

Il est temps de lancer une grande réflexion sur ces enjeux, afin d’inciter le gouvernement à mettre en place des services qui permettraient d’offrir d’autres remèdes que la pilule aux petits Québécois, ajoute le docteur en neurosciences Joël Monzée.

Taux de prévalence de l’usage de médicaments spécifiques au TDAH chez les 25 ans et moins

  • Québec : 6,44 %
  • Canada (sans le Québec) : 2,39 %

Par tranche d’âge

► 6-9 ans

  • Québec : 3,98 %
  • Canada (sans le Québec) : 1,71 %

► 10-12 ans

  • Québec : 13,97 %
  • Canada (sans le Québec) : 5,08 %

► 13-17 ans

  • Québec : 14,5 %
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