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Épileptique laissée à elle-même

22 mars 2017

Une femme a été retrouvée inconsciente dans un autobus du RTC faute d’avoir pu obtenir un transport adapté

La nouvelle politique du Service de transport adapté de la Capitale (STAC) de ne plus faire de transport à moins de 24 heures d’avis révolte Lydia Therrien, qui se déplace avec une canne et ne peut conduire en raison de ses crises d’épilepsie répétées.

Une femme s’est retrouvée inconsciente au garage Metrobus du RTC après avoir fait une crise d’épilepsie, puisque le Service de transport adapté de la Capitale (STAC) a refusé d’aller la chercher à l’hôpital. Dorénavant, aucun transport n’est accordé à moins de 24 heures d’avis.

Depuis la mi-décembre, le STAC a resserré ses règles. Ainsi, un usager qui aurait un rendez-vous d’urgence à l’hôpital ou voudrait revenir à la maison après un passage à l’urgence ne peut plus obtenir de transport adapté dans la même journée.

Pour Lydia Therrien, qui se déplace avec une canne et ne peut conduire en raison de ses crises d’épilepsie répétées, cette nouvelle mesure du STAC est «totalement aberrante». Atteinte de paraplégie incomplète depuis une tentative de suicide en 2006, la femme de 32 ans affirme en avoir vu de «toutes les couleurs» depuis plus d’un mois.

Étant paralysée des genoux aux pieds, elle a dû se rendre d’urgence à l’hôpital il y a près d’un mois après avoir été foudroyée par une crise d’épilepsie dans son entrée. Un passant a appelé les ambulanciers et elle a été vue par un médecin.

Prise à l’hôpital

Mais, la situation s’est compliquée lorsqu’elle a voulu revenir à la maison, alors que le STAC lui a refusé le transport immédiat, prétextant qu’elle devait dorénavant réserver son transport 24h à l’avance. «On m’a proposé de prendre le RTC, mais j’étais lessivée [en raison de la crise], je n’étais pas en forme pour prendre le bus. Je savais que ça ne se passerait pas bien», explique celle qui, une fois assise derrière le chauffeur dans un autobus 800, fut frappée par une seconde crise.

Inconsciente, elle s’est rendue au garage Metrobus sur Armand-Viau, où des employés du RTC l’ont réveillé, puis renvoyée à l’hôpital en ambulance. «Le médecin a finalement décidé de me garder pour la nuit et j’ai pu profiter de mon transport pour revenir à la maison le lendemain matin», indique-t-elle, découragée par cette nouvelle mesure. «Ce que je ne comprends pas, c’est que les personnes à mobilité réduite ne sont pas en top santé et doivent consulter plus souvent. Comment on va faire si on doit toujours prévoir 24h à l’avance?», s’inquiétait-elle.

Qui plus est, le même scénario s’est reproduit, lorsque Mme Therrien, également paralysée de la vessie, a dû se rendre à l’hôpital de façon imprévue. «J’avais un litre d’urine dans la vessie et ça ne fonctionnait plus avec la sonde, ça n’allait pas du tout», raconte-t-elle. Devant l’impossibilité d’obtenir un transport immédiat, une compagne de classe s’est chargée de l’amener à l’hôpital l’Enfant-Jésus.

Plus de transport à la pharmacie

Aveugle et en fauteuil roulant, Daniel Marcoux a aussi appris ce «resserrement des règles» à ses dépens. Le 22 février dernier, le STAC lui a aussi refusé un transport pour se rendre à la pharmacie, après avoir été admis en ambulance à l’hôpital l’Enfant-Jésus, pour des pierres aux reins.

«On m’a répondu qu’on ne faisait plus de transports à la dernière minute et qu’il fallait réserver à l’avance» déplorait celui qui affirme ne pas avoir été mis au courant de cette nouvelle directive, même s’il reçoit régulièrement les nouvelles informations liées au service par courriel.

«J’ai demandé au répartiteur, croyez-vous vraiment que j’ai prévu être admis a l’urgence de l’Enfant-Jésus, le 21 février sur l’heure du souper?» s’est insurgé l’homme de 59 ans, membre du service depuis 23 ans.

MANQUE DE RESSOURCES

Les usagers qui auraient besoin d’un transport adapté urgent devraient plutôt se tourner vers les services ambulanciers, estime le RTC, qui gère le Service de transport adapté de la Capitale.

C’est ce qu’a expliqué au Journal la porte-parole du RTC, Julie Drolet, par courriel. «Si le déplacement du client est de nature médicale urgente et que son état réclame des soins particuliers, le client doit contacter les services ambulanciers», indique-t-elle, précisant du même coup que le rôle du STAC est de faire du transport en commun et non du transport privé.

La croissance de l’achalandage soutenue et les ressources limitées pèsent également dans la balance. «Avant récemment, le STAC accommodait les clients qui demandaient une réservation ou une modification hors délai lorsque c’était possible, puisqu’il avait des ressources suffisantes pour le faire», mentionne Mme Drolet, en ajoutant qu’il n’est plus possible d’accorder ces «passe-droits».

L’achalandage au STAC ne cesse en effet d’augmenter depuis 2013. En 2014, le service a réalisé 753 851 déplacements, ce qui représente une hausse de 4,1% par rapport à 2013. L’augmentation a également été significative en 2015, avec 794 033 déplacements, ce qui représente une augmentation de 5,33% par rapport l’année précédente.

«Faire payer les plus petits»

Cette explication est un «non-sens» pour Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades. «Pourquoi on coupe le service quand l’achalandage augmente? Va falloir que quelqu’un sorte de son bureau et explique ça!» lance-t-il. «Il faut que tu t’arranges pour savoir que tu vas être malade dans 24h! Quelle ignorance, quel mépris, quelle condescendance», poursuit-il.

Selon lui, cette nouvelle mesure est un exemple de «coupes chez les plus petits». «On est bons pour faire ce genre de patente à gosse pour sauver un couple de 1000 piastres et écoeurer des gens qui risquent moins de se plaindre. On ne coupe pas dans les gros parce qu’eux autres parlent fort!»

L’ACHALANDAGE AU STAC

  • 2013 : 723 987 déplacements (hausse de 5,4 % par rapport à 2012)
  • 2014 : 753 851 déplacements (hausse de 4,1 % par rapport à 2013)
  • 2015 : 794 033 déplacements (hausse de 5,33 % par rapport à 2014)

Source : RTC

http://www.journaldequebec.com/2017/03/22/epileptique-laissee-a-elle-meme

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