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Explosion du nombre d’enfants allergiques

14 mai 2016
Thomas, 5 ans, allergique à une quinzaine d’aliments, est en compagnie de sa petite amie Ellie, à la garderie.

Le nombre d’enfants souffrant d’allergies alimentaires aurait bondi de près de 20 % en 10 ans et les crises graves seraient de plus en plus fréquentes.

L’augmentation la plus marquée a été celle des cas d’allergie aux arachides, selon les spécialistes. Un enfant sur 50 au Canada y serait allergique, soit deux fois plus qu’en 1990.

«Des allergies qu’on ne connaissait pas, comme la moutarde, le soya ou le kiwi, prennent aussi de plus en plus de place», ajoute le Dr Philippe Bégin, allergologue au CHU Sainte-Justine.

Plus d’epipen

De 6 % à 8 % des enfants sont allergiques à un ou plusieurs aliments et environ 3 % à 4 % des adultes, d’après les estimations.

Le nombre de visites à l’urgence pour traiter une réaction allergique grave pouvant entraîner la mort, appelée choc anaphylactique, a presque doublé en sept ans, de 2006-2007 à 2013-2014, rapporte l’Institut canadien d’information sur la santé.

Le taux de Canadiens qui se seraient fait prescrire un auto-injecteur (le fameux Epipen) a aussi grimpé de 64 % pour cette même période.

Mais comme le phénomène est assez nouveau, les causes de ces augmentations n’ont pas encore été cernées avec exactitude par les chercheurs.

«Le nombre de gens allergiques a augmenté, mais il y a également une prise de conscience par rapport aux impacts qu’elles ont et les outils pour les diagnostiquer se sont perfectionnés», mentionne Jean-Nicolas Boursiquot, allergologue au Centre hospitalier universitaire de Québec.

Dans le cas de l’arachide, il est possible que sa transformation la rende plus allergène.

«En Chine, on mange plus d’arachides qu’en Amérique du Nord, mais ils y sont beaucoup moins allergiques. On pense que de faire rôtir l’arachide au lieu de la faire bouillir, comme ils font en Asie, augmenterait ses propriétés allergisantes», explique le Dr Boursiquot.

Le contenu de notre assiette a aussi changé. On consomme moins d’acides gras oméga-3, au profit de gras d’autres origines. On mangerait aussi moins d’antioxydants, ce qui affecterait notre système immunitaire.

Trop propre

La génétique aurait une part de responsabilité dans la prévalence des allergies chez certaines personnes.

Les gens qui ont déjà une maladie atopique comme l’eczéma, l’asthme ou des allergies saisonnières ou aux animaux ont plus de chances de mettre au monde un enfant qui aura des allergies alimentaires.

L’augmentation des cas d’allergie pourrait aussi être due à notre trop grande propreté, une autre théorie persistante.

Les antibiotiques, les vaccins et le lavage régulier des mains nous rendent beaucoup moins exposés aux virus, bactéries et champignons. Ce qui nous empêche de contracter des maladies nous rendrait donc plus allergiques, puisque notre système immunitaire n’est pas assez sollicité.

«Notre système immunitaire gère mal le chômage, illustre le Dr Boursiquot. Comme il ne se défend pas contre les infections, il va développer des anticorps qu’il va diriger vers des substances qui sont censées être inoffensives, comme une arachide ou un œuf», explique-t-il.

DÉFINITIONS

Allergie alimentaire :

  • Réaction anormale du système immunitaire à une protéine d’un aliment.
  • Peut être déclenchée par une infime quantité d’aliment.
  • Réaction rapide qui peut mener à un choc anaphylactique potentiel (difficulté à respirer, vomissements, enflement du visage, urticaire, perte de connaissance).
  • Danger pour la vie.

Intolérance :

  • L’atteinte n’est pas immunitaire, mais digestive.
  • Difficulté à digérer certains aliments comme l’alcool, le glutamate monosodique, le café ou le gluten (sauf dans le cas de la maladie cœliaque).
  • Les symptômes se manifestent une heure ou plusieurs heures plus tard (nausées, vomissements, douleurs au ventre, diarrhée).
  • Pas de danger pour la vie.

DES RÉACTIONS QUI TUENT

Entre 50 et 100 personnes meurent chaque année au Canada d’une crise allergique grave, appelée choc anaphylactique. Selon le Bureau du coroner, quatre personnes en seraient mortes au Québec depuis 2012.

À 5 ans, il a failli mourir quatre fois

Le petit Thomas Gould n’a pas encore commencé l’école mais a déjà frôlé la mort à quatre reprises, parce qu’il est allergique à plus d’une quinzaine d’aliments.

«C’est un stress continuel, dit Annie Boisvert, la mère de Thomas, 5 ans. Il m’arrive encore de faire de l’insomnie. J’ai dû consulter pour arriver à gérer mes anxiétés, j’avais peur de tout ce qui pouvait arriver.»

La jeune mère et son conjoint, James Gould, apprennent peu à peu à composer avec les allergies de leur fils.

Le petit bonhomme souffre d’allergies aux arachides, aux noix, à la moutarde, au sésame, aux kiwis, aux fraises, au soya, aux fruits de mer, aux tomates et à toutes les légumineuses (tous les pois, même les petits pois verts, les lentilles et les haricots). Le pavot, le tournesol et les graines de citrouille se sont aussi ajoutés récemment.

Des crayons spéciaux

Ses parents doivent entre autres lui procurer des crayons de cire spéciaux qui ne contiennent pas de soya, et une gomme à effacer sans latex.

«Il y a plein de petites choses que l’on ignore. Je travaille quatre jours par semaine et je passe tout mon vendredi à cuisiner et à faire des appels pour savoir si une épice n’aurait pas des traces de moutarde», explique la mère.

Le petit Thomas a fait son premier choc anaphylactique à 16 mois, mais c’est surtout le second, survenu quelques mois plus tard à la garderie, qui a bouleversé la famille.

Thomas avait mis dans sa bouche le même jouet qu’un ami de la garderie qui venait de manger de la moutarde.

«Il a perdu connaissance et a vomi en jet, se souvient Mme Boisvert. Ses yeux étaient enflés, ses lèvres aussi et il avait beaucoup de mal à respirer. Il était tout bleu, l’air ne passait plus.»

Thomas a reçu deux injections d’épinéphrine (le fameux Epipen) avant l’arrivée des ambulanciers, qui ont pu stabiliser son état.

Cette fois-là, les symptômes n’avaient pas disparu complètement avant un mois.

Dernière crise

Thomas a fait sa dernière crise en avril dernier, dans sa propre maison, même si ses parents ne laissent entrer aucun allergène, sauf le ketchup. Ils ont su un mois plus tard que c’était dû au pavot, auquel Thomas était devenu allergique. Deux doses d’épinéphrine et de l’oxygène dans l’ambulance ont encore une fois été nécessaires pour le stabiliser.

LES ALLERGIES VUES PAR THOMAS

«Je ne peux pas partager mon dîner avec les autres amis. Je ne peux pas non plus donner des becs sur la bouche, même pas à papa ou à maman. »

«J’ai un bracelet bleu qui dit c’est quoi, mes allergies. C’est les choses que je ne peux pas manger. »

«Si ça me pique beaucoup, je vais voir un adulte. Des fois, on met une débarbouillette sur mes yeux ou sur mes bras. »

«J’ai toujours mon Epipen sur moi. Si j’ai mangé une de mes allergies, on peut me le donner et après on va en ambulance. »

LES PIRES

Dix aliments sont responsables de 90 % des allergies alimentaires et considérés prioritaires par Santé Canada:

  • lait de vache
  • œufs
  • soya
  • blé
  • arachides
  • noix (de Grenoble, noisettes, amandes, cajous, pacanes, pistaches)
  • poissons et fruits de mer
  • sésame
  • moutarde
  • sulfites

http://www.journaldemontreal.com/2016/05/14/de-plus-en-plus-denfants-allergiques

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